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Artiste au parcours atypique, Pierre Fauret déploie son univers au creuset de ses préoccupations qui trouvent leurs racines dans sa formation de docteur vétérinaire. L’artiste nous parle densément du vivant. « J’ai commencé la sculpture en faisant émerger des animaux dans la pierre et le bronze, créant des volumes avant tout esthétiques ; ensuite est venu le besoin d’utiliser les animaux comme intermédiaires pour parler de nous-mêmes (…) Puis ma formation de scientifique m’a très probablement poussé à puiser dans un vivant plus vaste, plus organique, aussi à explorer l’intime et ses profondeurs. »

Sculptures, peintures, dessins et installations explorent l’état flottant de la métamorphose, le moment où « la forme en une autre s’en va », un espace-temps tendu entre éphémère et infini, régi par la loi incessante du devenir.

Bénédicte Deramaux, avril 2016

 

 

(…) Et à peine plus loin, qu’en est-il de cet œil unique, perçant, peint au centre d’un petit tableau ? C’est bien par lui que les artistes créent et que les spectateurs voient. Organe qui permet d’interagir avec son environnement, l’œil est communément un symbole de connaissance.

Pourtant, ce symbole est censé introduire à ce que, en aucun cas, l’œil physique ne saurait voir : l’invisible. Ici, dans cet œil peint par l’artiste, à bien le fixer comme il nous fixe, le doute sur la nature de l’être auquel il appartient s’installe. Humain, animal ou autre altérité improbable ? A ce seul regard luisant, nous touchons là l’étincelle du vivant qui garde en lui l’entière part de son mystère…

Bénédicte Deramaux, avril 2016

 

 

(…) Le terme organique s’applique ici à des réalisations qui recourent principalement à l’usage de la cire en tant que matière propice à servir le thème de l’organicité car, selon diverses pratiques (fusion, grattage, estampage, patine…), elle permet de reproduire à merveille l’aspect rhizomique et spongieux des tissus animaux.

Extrait de Les objets mythographiques de Pierre Fauret  [petit index provisoire], Jérôme-Mathias Bel, 2008

 

 

Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses

(…)

Nous sommes corps à corps nous sommes terre à terre

Nous naissons de partout nous sommes sans limites

Paul Eluard  in Le dur désir de durer, 1946, Œuvres complètes t.II © Gallimard, La Pléiade, p.83

 

 

Ce qui fut, se refait ; tout coule comme une eau,

Et rien dessous le Ciel ne se voit de nouveau ;

Mais la forme se change en une autre nouvelle,

Et ce changement-là Vivre au monde s’appelle,

Et Mourir, quand la forme en une autre s’en va…

Pierre de Ronsard, extrait de l’Hymne de la mort (1564), Lm VIII 178, vv. 327-329

 

 

L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et qui m’est familière. Cette profondeur, en un sens, je la connais, c’est la mienne. Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé.

Georges Bataille. La Théorie de la religion, Gallimard, 1974, Coll. « Idées », p. 27.