watching you

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(…) Et à peine plus loin, qu’en est-il de cet œil unique, perçant, peint au centre d’un petit tableau ? C’est bien par lui que les artistes créent et que les spectateurs voient. L’œil est communément un symbole de connaissance,  censé introduire à ce que, en aucun cas, l’œil physique ne saurait voir : l’invisible. Ici, dans cet œil peint par l’artiste, à bien le fixer comme il nous fixe, le doute sur la nature de l’être auquel il appartient s’installe. Humain, animal ou autre altérité improbable ?
A ce seul regard luisant, nous touchons là l’étincelle du vivant qui garde en luil’entière part de son mystère…

Bénédicte Deramaux, La forme en une autre s’en va, 2016

 

L’œil chez Pierre Fauret est un organe récurrent. Est-ce comme l’affirmait Ovide, une fenêtre ouverte sur l’âme, qui permettrait à l’artiste d’animer, dans le sens de donner vie, âme, à ses propositions plastiques ? Cet œil est souvent chez lui, comme une signature, œil de verre unique, au regard perçant, peint et incrusté dans ses mains-crocodile (Crocodilus-fessus, 2003) ou ses bras-oiseau (Anas villanus, 2003). Il peut aussi être niché au cœur du sexe féminin, rappelant le passage sévillan de l’Histoire de l’œil de Georges Bataille. Il peut également s’agir d’yeux démultipliés dans ses toiles déployant le plumage coloré d’un paon (série Argus, 2004-2005) ou dans ses portraits de fusain et de pierre noire (La vie aux aguets, 2011).
« L’œil » devient chez Pierre Fauret un véritable organe regardant, captant le regardeur, et tissant avec ce dernier un fil invisible entre l’œuvre et celui qui la voit. L’œil est ainsi la clé d’interrogation et d’entrée vers le lien entre notre humanité et ce qui se situe en dehors de ses limites, l’inconnu ou les profondeurs de l’incontrôlable, ce que nous nommons animalité ou étrangeté. Ces yeux participent au trouble qui se dégage des propositions de Pierre Fauret et donnent à ses sculptures une réelle présence. Son œuvre nous parle ainsi de nous, profondément.

Blandine Dubois, Présence animale – Histoire d’œil, 2011